UNE BOUTEILLE AVEC
17 novembre 2021
QUENTIN BOURSE, LE SOT DE L'ANGE
« Aujourd’hui, on doit se battre pour rester vigneron. »

Il est arrivé la veille et repart le lendemain. Un saut de puce au Québec pour l’homme derrière le Sot de l’Ange, le premier depuis deux longues années sans pouvoir aller brasser des bières avec les potes de Dunham et boire des canons avec ses amis restaurateurs. À Montréal, il a ses habitudes, sa chambre, et même jusqu’à tout récemment, son stock de hockey. En Loire, il a sa famille et le précieux terrain de jeux où il n’en fait presque qu’à sa tête. Et où qu’il soit, Quentin Bourse traîne ses convictions. Il n’hésite pas à s’inscrire en faux quant à un certain monde du vin : celui qui est prétentieux, hermétique, celui qui est rempli de codes et qui prend la poussière.

Rencontre au Larry’s autour d’une bouteille de bière saison sauvage créée par le talentueux vigneron en collaboration avec la microbrasserie parisienne la Goutte d’Or.

Avant toute chose, parlons des vraies affaires. Tu es un passionné de hockey. Comment ce sport-là est-il entré dans ta vie ?
Mon père m’a emmené voir une game à 11 ans, à Tour. À la base, je suis pas très sport. Je suis pas mal plus cérébral, mais quand j’ai découvert le hockey, j’ai aimé. C’est un savant mélange de Seconde guerre mondiale et de glisse acrobatique. C’est Churchill qui disait ça !

Tu joues quelle position ?
Ailier droit.

Et qu’est-ce qui fait de toi un bon ailier droit ?
J’ai pas l’impression d’être bon en fait. Je fais juste de mon mieux et surtout, j’essaie de prendre du plaisir !

Est-ce qu’il y a un lien entre ce qui peut se passer sur la glace et le travail à la vigne ?
Pas du tout et c’est parfait comme ça ! Quand tu fais une heure de hockey, tu ne peux pas être ailleurs physiquement et mentalement. Quand tu ressors, t’es trempé, t’as perdu 25 kilos, t’as mal partout. La vigne, c’est pas du tout ça. C’est du long terme. Tu fais une tâche que tu vas répéter pendant deux semaines, un mois. Il faut économiser ses gestes pour être plus précis.

Aujourd’hui, on doit se battre pour rester vigneron.

Qu’est-ce qui t’occupe et te préoccupe en ce moment à la job ?
Les changements climatiques, sans aucun doute. Modification des profils des vins avec les acidités, les pH, les degrés. Les risques de gelée sur cinq semaines qui tiennent tout le monde en haleine. Aujourd’hui, on doit se battre pour rester vigneron. Avant t’avais une terre, t’avais affaire à un certain climat. Oui, il y avait des aléas d’une année à l’autre, mais tu pouvais cruiser là-dessus. Cette année, selon les derniers rapports d’expertise, on perd 89,98 % de la récolte. On a dix fois moins de raisin. Comment tu veux avoir une régularité, un modèle qui fonctionne, une sérénité ?

Et comment tu fais pour continuer ?
J’essaie d’être agile et créatif tout en continuant à faire les choses proprement et dans le respect de mes valeurs. J’ai des vignes dans d’autres climats et du vin de millésimes passés qui n’est pas encore embouteillé. Ça me permet une certaine flexibilité.

Tu ne viens pas d’une longue lignée de vigneron, t’es même le premier. Qu’est-ce qui t’a amené vers le vin ?
Je pense que, jeune, je me cherchais. J’ai arrêté l’école à 16 ans. J’ai fait tout un paquet de petits boulots. Je m’ennuie vite. J’avais plein de potes qui étaient doués en dessin, en musique. Moi, j’avais pas l’impression d’être mauvais en tout, mais j’avais pas encore trouvé mon truc. À 23 ans, j’ai eu le déclic. Je buvais pas d’alcool. Ce n’est pas ce qui m’a attiré. Ce que j’ai aimé dans le vin, c’est que c’est un médium inépuisable. J’ai vite compris la notion de cépage, de terroir et je trouvais intéressant, venant de l’extérieur, de pouvoir poser un regard complètement nouveau sur le vin.

C’est quoi ton leitmotiv en tant que vigneron ?
Je fais le vin que j’ai envie de faire. Je dis, à travers mon travail, ce que j’ai envie d’exprimer. Pour moi, il n’est pas question de faire les choses parce qu’elles doivent être faites d’une manière ou d’une autre. L’autre jour, par exemple, je me suis fait demander par un sommelier [dans un étoilé Michelin] si je comptais garder l’étiquette sur la bouteille d’OG Grolleau. C’est un graf de Gorey, une œuvre d’art, quoi ! Il m’a répondu qu’il en avait marre de voir ça sur les murs et qu’il ne voulait pas en mettre sur ses tables. Je lui ai dit que ça ne marcherait pas entre nous.

Comment t’en es venu à déterminer ce que t’avais envie de faire comme vin ?
Par le goût ! On parle de musique ou de dessin, dans la vie, tu fais des rencontres avec des artistes et ça déclenche des passions pour un certain genre. C’est une recherche esthétique, j’ai trouvé un style qui me parlait et me faisait envie. Et c’est ça que je fais.

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