25 mars 2019 — Thérapie par le vin

Thérapie par le vin : le poison !

On va se dire les vraies affaires : souffrir d’anxiété et aimer le bon vin, ce n’est pas une mince affaire. Non pas parce que l’anxiété et le vin ne font pas bon ménage, non, parce qu’on n’est pas toujours certain que le vin va être bon.
Emilie Villeneuve

LE POISON

Tu sais, cet ami qui ne comprend pas tant le concept de discussion, qui écoute beaucoup trop de podcast geek, trippe sur la dissertation et prend chaque question qui lui est posée comme une occasion de peaufiner son art? Je suis certaine que t’en as un. On a peut-être le même. Bref, je mangeais avec lui l’autre jour et j’ai eu le malheur de mentionner, entre deux de ses monologues, que j’étais non seulement sensible au goût du vin, mais aussi à ses méthodes de fabrication, parce que les intrants chimiques à gogo, me semble qu’aux dernières nouvelles, c’est pas super bon pour la santé. Je commençais à peine à souligner le fait qu’ironiquement, on surveille ce que qu’on mange en même temps qu’on se rince encore le gosier sans arrières pensées avec des pesticides qu’il s’est arrêté net de manger et m’a regardé comme si je venais de lui annoncer que j’avais fréquenté une manif de flat earthers. « Ben voyons donc! As-tu réalisé que, déjà, avec chaque gorgée de vin, t’avalais 14 % de poison? Tu te préoccupes vraiment de minimes résidus d’engrais ou d’insecticides que tu pourrais ingurgiter on top? L’alcool est un poison au cas où tu l’avais pas réalisé, Emilie! » Je te jure : on aurait dit qu’il essayait d’examiner l’arrière de son crâne depuis l’intérieur tellement il roulait des yeux.

Croyait-il vraiment que j’ignorais cette vérité et que je ne me sentais pas éminemment coupable d’engorger mon pauvre petit foie quelques jours par semaine? Sauf qu’en suivant la logique de mon ami – qui contrairement à ce qu’on pourrait croire possède une cave à vin fort convenable – si le contenu d’un vinier ne décapait pas trop la langue, il n’y aurait nulle raison de s’en passer! J’ai pris une grande inspiration puis, une grande expiration. Je l’ai laissé terminer son soliloque (on m’a quand même bien élevé), puis j’ai osé : «Ok. Back up. Partons, de la prémisse selon laquelle on a décidé consciemment de consommer une quantité raisonnable d’alcool, pourquoi accepterait-on d’ajouter davantage au poison et de s’exposer à encore plus risques, alors qu’il existe des options avec peu ou pas d’intrants? Des options hallucinantes, qui expriment un terroir et un savoir-faire parce que les jus ont été élaborés sans béquille chimique, comme certaines levures qui donnent parfois des goûts vraiment weird au vin? Explique-moi ça toi, mettons, pourquoi tu choisirais, en toute connaissance de cause et à prix égal, un raisin dopé, cultivé à coup de pied dans la vigne, plutôt qu’un fruit élevé avec amour, biologiquement, transformé dans le respect du produit, mis en bouteille avec les mêmes soins...»

Il m’écoutait enfin. Je me suis arrêtée là, pour savourer un peu le silence. J’ai décidé de garder la question de l’impact environnemental de la culture industrielle de la vigne pour un prochain lunch parce que, tsé, comme il faut savoir choisir ses poisons, je crois qu’il faut aussi savoir choisir ses batailles. Santé!