10 juillet 2017 — Autres

Manger Montréal : La Petite Italie

Le marché du Nord ou Jean-Talon, photo d’Armour Landry, 1955, VM94-D0414, Archives de la Ville de Montréal

Ah l’Italie ! Pays de la pizza, de Fellini et de la vita è bella. Pays du nebbiolo, du nero d'avola, du teroldego. Pays où la tomate est délicieuse 365 jours par année. Soupir. Je l’avoue, j’ai toujours rêvé être Italienne; ils sont beaux, cuisinent comme des Dieux et plus que tout, ont du vin en guise de sang. Qui dit mieux ?



Heureusement pour moi, pour Montréal, il y a la Petite Italie ; village italien montréalais qui rassemble ces êtres contagieux. C’est d’ailleurs là où les premiers immigrants italiens ont posé leurs valises au Canada en 1828. Et belle nouvelle pour Montréal, il y a beaucoup d'Italiens et d'Italiennes au sein de la métropole, représentant près de 7% de la population montréalaise.

" Je l’avoue, j’ai toujours rêvé être Italienne; ils sont beaux, cuisinent comme des Dieux et plus que tout, ont du vin en guise de sang. Qui dit mieux ? "

Grosso modo, l’histoire de l’immigration italienne au Québec s’est rythmée en deux temps : une première vague de 1828 à 1870 et une seconde suite à la Deuxième Guerre mondiale, en 1945.


Évidemment, la ville de Montréal en 1828 n’était pas celle que l’on connait aujourd’hui. Grossièrement délimitée au sud par le fleuve St Laurent, au nord par l’avenue Sherbrooke, à l’est par la rue Frontenac et à l’ouest par l’avenue Atwater, la «ville» de Montréal était certes dense et bien vivante, mais disons moins étendue que notre Montréal de 2017. Les banlieues nord de la ville étaient à même l’île et représentaient de vastes terrains, notamment agricoles. C’est d'ailleurs dans ce contexte géographique qu’ont débarqué les Italiens. La plupart se seraient naturellement installés sur ces grandes terres au Nord de Montréal, qu’on appellera plus tard la Petite Italie.

Le port de Montréal, photo de John Henry Barton, 1864, Archives de la Ville de Montréal, P90-YP1.

À peine arrivée, les Italiens n’ont pas tardé à répliquer leur chez soi, question d’adoucir l’épopée de l’immigration. Parce que s'il y a un souvenir qui supporte particulièrement bien le voyage outre-mer, c'est sa culture culinaire. En fait, ils auraient privilégié les terres de ce faubourg pour deux raisons bien précises : la possibilité d’y dénicher un travail (développement des voies ferrées et des carrières au nord de Montréal) et surtout, la possibilité d’y aménager des potagers afin de renouer avec les saveurs de l’Italie et somme toute, contrer le cafard de l’éloignement de leur terre natale. Et qui dit culture italienne, dit viticulture! Il parait que beaucoup d'Italiens se seraient même lancés dans la production de la vigne à Montréal afin de réaliser leur vin maison. Pour eux, c'était inné. Un drôle de choix considérant le terroir montréalais, mais qui sait, peut-être que sa virginité permettait tous les espoirs.


Patrimoine de ces deux grandes vagues d’immigration, le quartier de la Petite Italie témoigne aujourd’hui d’un grand héritage de cette époque. Pour n’en nommer qu’un : le magnifique Marché Jean-Talon, jadis le Marché du Nord, en plein cœur du quartier. Grosso modo, les Italiens se seraient installés dans cette zone inhabitée afin de provoquer à la fois un lieu d’échange d'ingrédients et un lieu collectif fort pour la communauté. Jamais ne pensaient-ils créer ce qui deviendrait un jour le plus grand marché public de l’Amérique du Nord.

" Jamais ne pensaient-ils créer ce qui deviendrait un jour le plus grand marché public de l’Amérique du Nord. "

Tout coule de source. S’ensuivit la création de plusieurs commerces offrant des produits importés d'Italie qui allaient devenir de précieux vestiges de cette époque. Des lieux comme la Quincaillerie Dante (1956), le Milano (1954), la fromagerie Balla di Fromagio (1955) ou encore, la pizzeria Napoletana (1948) font partis de ces riches souvenirs de la seconde vague d'immigration italienne. Ainsi, submergeant Montréal avec leur amour indéniable pour la richesse qu'on trouve à même la terre, les Italiens ne savaient pas qu’ils allaient marquer grandement l'identité culinaire québécoise.


Ah l’Italie ! Pays du soleil, de la pasta et de l’opéra. Pays où tout est pittoresque. Où le vin est sublime - et c'est peu dire. Soupir. Comme Leolo Lauzone, personne ne sait que je suis Italienne. Parce que moi je rêve, sono italiana.

Le marché Jean-Talon, 1965, Archives de la Ville de Montréal, VM94-U1056-016.

Quelques adresses dans le quartier où boire l'Italie :

Pizzeria Bottega : 65 rue St-Zotique Est


Restaurant Hosteria : 236 rue St-Zotique Est


Impasto : 48 rue Dante


Restaurant Gemma : 6827 rue St-Dominique,


Restaurant Marconi : 45 avenue Mozart, Ouest

Le marché jean-Talon dans les années 1950. Archives de la Ville de Montréal, VM6,R3576-2-016.